Marrakech et Toubkal : chaud et froid

Marrakech ou Arnakech ?

Après une arrivée dans la brume, et aux instruments à Essaouira, nous avons passé la soirée à remplir les formalités administratives. La brume levée, c’est avec stupéfaction que nous avons réalisé le lieu où nous nous trouvions, étant passés à moins de cent mètres de l’île de Mogador.

Le lendemain, les premiers équipiers d’Exultet retrouvent Kêr Maï accosté contre le bateau des sauveteurs locaux, et partent visiter la médina. Les suivants, moins chanceux, finissent d’arriver à la rame, le moteur hors-bord ayant lâché. Nous prenons ensuite des taxis, en disant au revoir à Jean-Yves, resté pour accueillir Éric, qui le remplacera en tant que skipper jusqu’à Dakar. Direction la paroisse des martyrs de Marrakech, seule paroisse de la ville. Nous y retrouvons Karen, assistante pastorale, et l’un des prêtres, avec qui nous prions le chapelet de la miséricorde. Ensuite, quartier libre pour tous. C’est l’occasion d’aller visiter les jardins Majorelle, fréquentés par Yves St Laurent et Pierre Bergé. Une impression de calme règne au milieu des cactus, malgré les nombreux visiteurs. Fini de rire, direction le souk, ou plutôt la Médina. Ici, le touriste est une cible facile. Des charmeurs de serpents en déposent un autour du cou de quelques équipiers, et réclament de l’argent. Quelques filles se font saisir leur bras, et tatouer au henné. Des « Venez, ici c’est moins cher que gratuit ! », « juste pour le plaisir des yeux » ponctuent nos déplacements dans le labyrinthe des échoppes. Nous finissons par un thé à la menthe, et des pâtisseries marocaines en terrasse.

Nous concluons notre journée par un chapelet à l’église, et un dîner en compagnie de Karen dans un restaurant. Après le dîner, le groupe se scinde. Pendant que certains prévoient le départ de demain pour le Toubkal, d’autres vont se perdre dans le souk. L’occasion pour certains de se faire extorquer 300 dirhams (environ 30€) par Abdul le Berbère, un jeune marocain, qui, sous prétexte de nous conduire à la sortie, nous perd encore plus dans le souk. Heureusement, tout se négocie, et l’affaire se conclue pour 100 dirhams et une visite offerte la prochaine fois que nous viendrons à Marrakech. Nous retiendrons la leçon : l’aide n’est jamais gratuite.

La belle communauté de Marrakech

Au réveil, nous partons pour l’appartement de Karen, pour un petit déjeuner marocain, puis nous revenons rapidement à la paroisse, pour une répétition avec la chorale des jeunes subsahariens, qui préparent une messe exceptionnelle. Les chants sont magnifiques, notamment un chant d’offertoire en Congolais, et un chant d’action de grâce qu’ils ont composé eux-mêmes. Nous enchaînons avec l’interview de certains d’entre eux, qui nous donnent une belle leçon de foi. « Nous voulons dire au jeunes français catholiques de garder la foi, parce que c’est eux qui ont en main la destinée de l’Eglise Catholique dans leur pays et dans le monde. »

La chorale de la paroisse

Une pensée un peu triste nous habite cependant, aucun marocain n’est à l’église, les citoyens n’ont pas le droit d’être catholique.

Verso l’alto ! L’ascension du Jebel Toubkal

Juste après, nous sautons dans trois taxis, et direction le Toubkal, le second sommet le plus haut de l’Afrique, culminant à 4167m. Après une heure de route, nous abandonnons notre moyen de transport à Imlil, où nous finissons de nous équiper, pour les personnes n’ayant pas de chaussures de marche. Nous voilà ensuite partis pour 1700m d’ascension jusqu’au refuge.

Nous marchons au milieu des pierres, et de petits buissons jaunes et vert. Le chemin croise de nombreux ruisseaux, qui se rejoignent en une petite rivière cent mètres plus bas. Nous croisons régulièrement d’autres randonneurs, parfois accompagnés par un guide, et nous croisons de nombreuses mules, qui effectuent la liaison avec le refuge et les échoppes situées toutes les heures de marche.

Nous lisons au passage la vie du Bienheureux Charles de Foucaud, qui cartographia le Maroc avant sa conversion. Ensuite, les groupes se forment, et avancent à leur rythme jusqu’au refuge. Les derniers arrivent la nuit une fois tombée. Thé à la menthe, douche pas toujours chaude, dîner puis dodo dans le salon du refuge. Demain, ceux qui le veulent finiront l’ascension à l’aube.

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit le Toubkal…

Dès trois heures, les gens commencent à se lever pour partir. Nous pensions monter plus tard, mais voyant que les nuages avaient déserté le ciel, sept valeureux partent pour atteindre le sommet enneigé. Nous dépassons régulièrement des groupes avec leur guide, équipés jusqu’aux dents, alors que nous sommes sans sac à dos, sans bâtons, parfois uniquement en polaire, et pour le skipper, en short. Le sommet est atteint en 2h11. Après quelques photos, et la traditionnelle louange, nous repartons.

Dans la descente, le manque d’équipement se fait sentir. Nous enchaînons les chutes dans la neige, et Thierry, sans gants et portant un sac de course dans ses mains, finit avec les mains congelées, incapable de les bouger. Heureusement, un photographe hongrois vient à son secours, et lui prête ses gants, des bâtons, et une magnifique couverture de survie orange. A l’arrivée, nous croisons les autres, qui repartent après une grasse matinée pour Imlil, où ils mangeront un délicieux couscous. Après le déjeuner et une bonne sieste, nous repartons également. Le mal de pieds se fait sentir, et Blandine et Clémence finissent la descente dans un moyen de transport on ne peut plus original : un tracteur. A l’arrivée, certains négocient un t-shirt du mont Toubkal, et partagent un thé vert avec le vendeur, pendant que d’autres jouent au tarot et profitent du Wi-Fi au Ryad, où ils passeront la nuit. Enfin, un groupe de six prend un taxi le soir même, pour tenter de profiter de Marrakech encore un peu.

Nous y retrouvons Karen, qui nous fait dormir chez elle, et nous fait rencontrer Samira, une autre des assistantes paroissiales. Nous dînons dans un snack à côté, où nous goûtons un tanjia, spécialité marocaine, habituellement faite de mouton, mais cette fois, impossible de déterminer quelle viande le compose. Après cela, nous partons pour une bonne nuit bien méritée.

Marrakech deux, le retour

Au matin, nous nous retrouvons tous à la paroisse, pour une messe, célébrée par le père Thadée, arrivé la veille à deux heures. Pendant que certains se confessent, nous repartons de nouveau chez Karen et Samira, qui nous reçoivent avec de délicieux poulets et des frites. Après deux très belles interviews, dans lesquelles elles nous incitent à nous rappeler que nous sommes la fille ainée de l’Eglise, nous partageons des pâtisseries marocaines, et nous les quittons pour repartir à Essaouira.

A Essaouira, nous retrouvons enfin Estran, qui n’avait pas pu nous rejoindre à Séville, en raison d’ennuis techniques. Les skippers se réunissent alors le soir, pour déterminer les équipages qui constitueront les bateaux jusqu’à la fin de la Transat’.

Le lendemain est consacré aux tâches habituelles en escale, la communication se retrouve à la médiathèque pour avoir internet puis dans un café, nous lavons les ponts, refaisons l’intendance et l’eau et faisons nos derniers achats. Cette journée est entrecoupée par la réunion habituelle de tout le groupe, autour d’un déjeuner. Réunion houleuse, la fatigue post-Toubkal se faisant sentir, chacun confie ses états d’âme et souligne les problèmes vus depuis le départ. Cependant, tous expriment leur joie d’être ici, et de l’esprit qui habite l’ensemble de l’équipe.

A 22h, chassés par les agents des douanes, à qui nous avions promis un départ à 19h, nous repartons : direction les Canaries.

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