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Le livre Cap Sur Panama

Une vingtaine de jeunes Français sont partis en voilier rejoindre le pape à Panama. Voici leur carnet de bord, qui est aussi un journal de foi et un beau récit d’aventure. Larguez les amarres !

Vingt Français, âgés d’une vingtaine d’années, relèvent un défi : traverser l’Atlantique à la voile pour rejoindre le Panama et les Journées mondiales de la jeunesse.
De la chapelle de Rocamadour au sanctuaire de Fatima, des sommets de l’Atlas aux rues de Dakar, de Haïti jusqu’au canal de Panama, c’est une formidable épopée sportive, humaine et spirituelle dans laquelle ils s’engouffrent et nous entraînent. Parce qu’ils ont quitté le confort de leur canapé pour aller à la rencontre du monde et de Dieu, qu’ils ont appris à contempler en regardant le soleil se lever sur la mer, ils sont porteurs d’une espérance qui est une magnifique leçon de vie.
Plus qu’un simple carnet de voyage, ce récit d’aventure, qui porte la marque encore salée d’un engagement à toute épreuve, témoigne de la grandeur d’âme d’une jeunesse épatante.

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Pendant tout le pèlerinage, les équipiers ont écrit ce qu’ils souhaitaient partager et garder de ce voyage. Ils ont complétés leurs écrits lors du temps de relecture à Las Perlas. Finalement, avec l’aide des éditions du Cerf, Aldric et Alix ont passé un an à retravailler et assembler tous ces témoignages pour en faire un récit cohérent.

De l’aventure aux découvertes simples, des rencontres locales à la vie en communauté, ils ont fait de leurs mieux pour retranscrire un peu de ce que chacun gardera de ce voyage.

Vous pourrez retrouver ce livre dès maintenant en librairie ou en vente sur le site du Cerf ou de nombreux autres site en ligne (la Fnac, UcultureCultura…).

Quelques extraits choisis :

Aventure

[Après notre échouage sur le Sine Saloum]

Lundi 5 novembre : branle-bas de combat avant l’aube pour préparer la procédure inspirée du « Guide pratique de manœuvres » d’Éric Tabarly. Thierry est sur le pied de grue, car tout marin sait qu’une manœuvre réussie est une catastrophe évitée de justesse. Estran, posté à quelques dizaines de mètres d’Exultet, enroule doucement sur un winch une longue aussière — bout particulièrement solide — frappée à son autre extrémité en tête de mât du Clipper. L’objectif est de faire gîter les 22 tonnes du bateau de Thierry pour le libérer de son entrave. À l’avant d’Exultet, deux pirogues, équipées de moteurs de 15 CV tirent en avant pour faciliter la manœuvre. Après une vingtaine de minutes de combats et de tensions, Exultet s’arrache de sa prison de sable et flotte enfin dans trois mètres d’eau ! Les clameurs de joie et de victoire des équipages se répondent sur le plan d’eau, l’atmosphère est en fête. Par-delà la satisfaction de sentir la poussée d’Archimède maintenir le voilier entre mer et ciel, Thierry jubile intérieurement du succès de cette manœuvre.

“Il est de ces moments de grâces que l’on voudrait immortaliser. Sans le secours d’Estran, Exultet ne s’en serait pas sorti. Combien de jours aurions-nous attendu avant que le marnage* permette de libérer le bateau ? Je prends conscience des liens fraternels qui m’unissent à Oscar et Philippine qui n’ont pas hésité à prendre des risques pour me venir en aide. Notre amitié s’en trouve renforcée et c’est à regret que je vois s’éloigner la silhouette d’Estran.”

ÉMERVEILLEMENT

[Au cap Vert, au pied du volcan du Fogo]

Les lacets s’enchaînent sous nos pas, et la vallée se découvre dans un panorama extraordinaire. Le soleil colore le volcan, les cirques volcaniques et l’océan au loin. Les coulées de lave strient par endroits le chemin tortueux. Des failles laissent s’échapper des fumerolles dans lesquelles les enfants jouent. De temps à autre, des plantes renaissent des cendres et verdissent le chemin. Notre aumônier marche à l’arrière-garde pour confesser ceux qui le souhaitent au milieu de ce paysage onirique. À quelques jours de la transatlantique, l’envie de déposer ses erreurs entre les mains du seigneur nous saisit.

Au fur et à mesure de la descente, un nouveau paysage et une végétation de plus en plus dense se dévoile. Des mimosas, des lauriers-roses et des arbres fruitiers parsèment le chemin. L’arrière-garde du groupe traîne, il faut accélérer le pas malgré les courtes enjambées des enfants. L’obscurité pointe. Nous devons bientôt marcher à la lumière de nos lampes frontales sur un chemin semé d’embûches. Philippine remonte les rangs en comptant : « 33… 66… 100 %. Parfait ! » Ses enfants sont entre de bonnes mains, portés et encouragés par les équipiers. Désormais, on devine la végétation plus qu’on ne la voit. Enfin, les premières lumières du village de Mosteiros apparaissent. Maxence  arrive avec l’aide d’Aldric et de Thierry. suivis de Victoria-Louise a formé une équipe complémentaire avec François. Dans la pénombre peu rassurante, elle décèle le sentier grâce à sa petite taille, tandis que le bras assuré de François l’empêchait de trébucher en cas d’erreur. Épuisée, Baptistine remercie Pierre de l’avoir attendue. Dans les voitures, les enfants tombent dans les bras de Morphée ou plutôt dans les bras des équipiers. Quelle belle image que celle de cette famille nombreuse nouvellement formée au gré de la providence de Dieu.

Sur l’Eglise

Nos rencontres avec ces évêques, ces prêtres et ces religieux ont balayé d’un revers de main l’image que les médias renvoient de l’Église. Nous étions partis à la rencontre de la jeunesse catholique, nous avons découvert les visages de ceux qui la guident. Chez ces religieux, la jeunesse de cœur efface les années de missions. Au fil des escales, nous avons découvert une Église au fait des questions qui agitent les jeunes, une Église prête à leur tendre la main avec foi et espérance. Pendant ce temps, la France est ravagée par les crimes commis par certains religieux et religieuses. Comme beaucoup de chrétiens, nous sommes sans voix, tiraillés entre révolte, frustration et impuissance contre le mal qui ronge ces consacrés. Nous n’avons pas de réponses à donner mais un message à transmettre : malgré le visage malade d’une Église souvent blessée, l’Église est belle. Elle est emplie de foi, de charité et d’espérance, en particulier envers les jeunes. Et nous invitons tous ceux qui s’interrogent à pousser sa porte pour découvrir ses joyaux et rejoindre ceux qui, avec humilité et humanité, participent à « la révolution de l’amour ».

Le pardon

Vivre à vingt n’est pas toujours facile. L’inertie de groupe qui nous paralyse est agaçante. Les prises de décisions nous paraissent interminables, et restent parfois inachevées. Nous avons eu notre lot de désaccords stériles, de remarques injustes, et de mauvaise foi. Plusieurs fois, l’union de la flottille a été mise à mal. Par exemple, quelques jours après l’arrivée de la transat, Exultet s’est laissé tenter par une escale imprévue, au détriment de l’unité. Pendant que Kêr Maï et Estran les attendaient au Marin, ils ont pris la route de Marie-Galante pour une visite de rhumerie. Une divergence de priorités incompréhensible pour les équipiers à terre. Comment ont-ils cru bon de s’accorder quelques jours de vacances pendant que d’autres réparaient tant bien que mal Kêr Maï ? À chaque fois, les mêmes regrets d’avoir blessé et les mêmes difficultés à pardonner. Il faut apprendre à lâcher prise, à redonner sa confiance, et à accepter les limites de ses coéquipiers. I Il a fallu apprendre à laisser du temps pour que chacun puisse vivre ce qui compte pour lui bénéficier de ces moments privilégiés. 

« Ne vous couchez pas sur votre colère », nous enjoignait le père Philippe-Néri. Après une réunion houleuse à Essaouira, Thierry, du haut de ses 53 ans, s’est excusé auprès de tout l’équipage pour les incompréhensions et blessures des jours précédents. Quelques jours plus tard, Éric, un des skippers de Kêr Maï, s’excuse auprès de Charles-Antoine pour avoir perdu la maîtrise de ses mots. Puis c’est au tour de François de demander pardon à l’équipage d’Exultet pour avoir quitté le navire un jour de préparation à l’appareillage.  Quelque soit l’âge ou le rang, nous apprenons les vertus de l’humilité et du pardon.

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