D’un continent à un autre, cap sur le Maroc !

De Séville à Essaouira

du 24/09 au 28/09

 

« Passons sur l’autre rive », Mc, 4,35

Descendant le Guadalquivir depuis Séville, nous mettons cap sur le Maroc. Nous quittons l’Europe pour de bon. Après une escale riche et intense tant en rencontres qu’en découverte de la culture, de l’histoire, du patrimoine et de la gastronomie andalouse, le Guadalquivir porte nos deux fiers voiliers vers l’Atlantique. En quelques sorte nous imitons les grands explorateurs tels que Christophe Colomb qui cinq siècles plus tôt déjà descendait ce fleuve en quête de terres nouvelles.

Bonne surprise à l’embouchure, de jeunes espagnols proposent à certains d’entre nous de faire un tour en ski nautique.

Il ne nous restait plus qu’à passer sur l’autre rive en doublant le détroit de Gibraltar à l’Ouest.

« Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait. » MC 4,37

Suite à une dernière escale technique au port de la Rota pour Exultet, nous hissons les voiles pour regagner le large quand soudainement un vent puissant, atteignant les forces 7, vient muscler la navigation d’Exultet et son équipage. Rapidement nous fusons à 11 nœuds, avec 2 ris dans la grand voile et sous trinquette (une voile plus petite que le génois, que nous sortons par grand vent). Les vagues déferlent sur le flanc de la coque et l’embrun était  balayé par 35 nœuds de vent. Ce dernier siffle sur les haubans. Quel beau spectacle à contempler quand le mal de mer ne nous prend pas !

Puis vient le calme, le silence. Nous nous retrouvons comme sur un lac.

Arrivent les quarts de nuit qui s’enchaînent et se succèdent, croisant des bateaux de pêcheurs perdus dans l’immensité des mers. La vie à bord est bien rythmée entre les temps de prière, de repas, d’échanges…

Le lendemain, atelier coiffure et douches. Nous testons les nouvelles douches solaires.

Douches et muscu sur la plage arrière d’Exultet

Jeudi 27 septembre, comme une bouteille à la mer nous diffusons un message VHF pour entrer en contact avec Kêr Maï. Ces derniers nous répondent… seulement 12 nautiques nous séparent.

Nous approchons d’Essaouira et avons la chance de voir des baleines puis une tortue, sans compter un moineau essoufflé qui s’est invité à bord pour faire du « bateau-stop ».

L’arrivée à Essaouira était digne d’une scène de film de pirate avant une bataille. Exultet était assailli de toute part par la brume avant d’accoster dans un vieux port de pêcheurs marocains. Nous étions guidés par le seul son de la corne de brume. Maintenant le Maroc nous ouvre ses portes pour pouvoir le découvrir de l’intérieur.

Aldric

Kêr Maï : Une route aux multiples facettes

Au terme de notre belle escale à Séville, il est temps désormais de repartir. Pour cela, la seule voie possible est le fleuve qui traverse le sud de l’Espagne pour se jeter dans la mer. Nous descendons donc le Guadalquivir. Une navigation fluviale au moteur durant laquelle nous pouvons admirer le paysage espagnol. Les berges sans relief offrent la possibilité de voir au loin les cultures, les villages ou encore les espaces boisés. Au bord du fleuve, nous voyons des troupeaux, des chevaux, ainsi que des arbres bien différents de ceux que nous avons l’habitude de contempler dans les forêts françaises. Nous naviguons paisiblement en surveillant la profondeur du fleuve et en évitant les bateaux de pêche au mouillage. Le soleil nous accompagne et nous offre de douces températures. Cette première partie de navigation sur notre route vers le Maroc est bien agréable.

Quelques heures de navigation plus tard, Kêr Maï quitte le fleuve par la mer, et nous disons, petit à petit au revoir aux côtes espagnoles. Nous évoluons au large de l’Espagne avec un vent constant qui nous mène droit vers la traversée du détroit de Gibraltar. Nous n’y sommes pas encore. Ce qui n’empêche pas de s’y préparer car nous savons déjà que les conditions météo vont changer. En attendant nous prenons nos quarts à tour de rôle. A la barre ou sur le pont, chacun profite du soleil radieux pour s’occuper : cours d’espagnol, repos, prière ou encore pêche.

La pêche miraculeuse selon Manon

Encore novice dans le domaine de la pêche, nous laissons Manon nous apprendre ce qu’elle sait. A plusieurs reprises, elle lance la ligne à l’eau, et mouline pour la remonter. Pour le moment, cela n’a pas l’air très efficace. Il nous suffira d’oublier la ligne un court moment dans l’eau pour y retrouver accroché un joli petit poisson. Bravo Manon ! Nous la félicitons et sommes ravis de cette première prise. Il ne faudra pas longtemps pour que notre professionnelle de la pêche nous offre le plaisir d’une, de deux et même de trois prises supplémentaires. Ensuite, pour être raisonnables, nous rangeons la ligne. Car il nous faut maintenant préparer les poissons, le dîner approche. Au menu donc, ces poissons, qui ressemblent à des petits thons, en papillote avec des oignons.

La fin de l’après-midi passe rapidement et la mer sera de plus en plus houleuse. Nous savourons le dîner et prenons des forces pour la nuit qui s’annonce agitée. La mer le sera effectivement dans le détroit de Gibraltar, que nous redoutions. Il y a beaucoup de vent, et la houle fait gîter le bateau. Il faut être vigilant, car de nombreux cargos font route dans le détroit que nous traversons. La nuit ne sera pas reposante, et bon nombre d’entre nous subiront les effets de cette houle violente. Après une douce descente du fleuve, une mer calme, nous vivons le déchaînement de la houle dans le détroit de Gibraltar.

Bienvenue au Maroc, Pays de la Magie noire et de l’enchantement

Heureusement pour nous, dès la fin de la matinée suivante, nous naviguons sur une mer d’huile et chacun peut récupérer les forces épuisées pendant la nuit. Nous ne sommes plus très loin de Rabat où nous ferons escale une nuit et une journée. En arrivant à proximité des côtes marocaines, des pêcheurs nous approchent et nous proposent un bel espadon, ou à défaut, des paquets de cigarettes. Notre arrivée de nuit à Rabat est pleine de surprises sur le plan administratif. La gendarmerie marocaine est pointilleuse, et nous n’avons pas les papiers qu’elle demande. Nous sommes donc invités à accoster au ponton visiteur pour la nuit en attendant d’être en règle. Le lendemain, nous réglerons la situation avant de repartir. La visite du souk nous aura permis de quitter Rabat avec des données alimentaires de qualité (olives, épices, légumes, fruits secs…)

La dernière phase de navigation de notre route vers Essaouira commence ici. Nous restons à proximité des côtes marocaines pour optimiser notre temps de navigation. Cela nous permettra d’observer de loin, depuis la mer, l’orage qui éclate à terre. Dans la nuit, le ciel devient rouge et le tonnerre retenti. A bord, nous mettons un point de vigilance sur la veille. Les pêcheurs mettent des casiers et des filets à peine visibles et notre objectif est de les éviter. Le vent faiblit malheureusement, nous allons devoir rejoindre Essaouira principalement au moteur. En chemin, nous aurons la joie de naviguer avec des dauphins. Nous croiserons aussi des pêcheurs dans de jolies embarcations bleues que nous retrouverons à notre arrivée au port d’Essaouira. Une arrivée dans le brouillard le plus complet, avec pour seul moyen de signalisation une corne de brume.

Essaouira est un port de pêche qui n’a pas encore la capacité d’accueillir des bateaux comme Kêr Maï. Nous nous mettons à couple au bateau de sauvetage qui est à quai. Devant nous, les nombreuses barques bleues des pêcheurs. Sur le quai, chacun d’entre eux vend ce qu’il a pu ramener de sa journée ou sa nuit en mer.  C’est le début de quelques belles rencontres avec des gens prêts à nous accueillir et à nous aider.

Clémence

Un commentaire

  1. Marie-Hélène LEPY

    Grâce à tous les rédacteurs , nous voyageons aussi avec vous découvrant l’enchainement de ces belles villes portugaises ses merveilles et puis le fameux passage de Gibraltar . Nous partons avec vous pour le Maroc , Rabat a du rappeler de nombreux souvenirs à Blandine , puis Marrakech sa ville autour de la place Jemaa el-Fna …Bravo à ceux qui ont gravi le Toubkal . Merci à tous pour nous faire partager vos expériences de vie communautaire et spirituelle et vos rencontres . Mes prières s’uniront aux vôtres demain dimanche dans la paroisse de mon village . Bon vent et à plus tard de vous lire . marie-Hélène

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