De Dakar au Cap Vert, chapitre 1 : Exultet

Quand le héron te regarde d’un œil goguenard, c’est qu’il est trop tard

Les berges de la plage de Hann s’éloignent lentement dans la nuit. Nous quittons la meilleure de nos escales, et la pire plage jusqu’ici rencontrée. En route pour le Sine Saloum, le fleuve mythique, pour ses bancs de sable et la savane.

Après une navigation tranquille, nous mouillons au large de l’entrée du fleuve. Le repas préparé par Mathilde est divin, et au lieu de faire une pause d’une heure, le temps que le courant change, nous partons après trois heures. C’est alors le début d’un chenalage, mal balisé. « Note notre position, que l’on puisse partager la nouvelle position des bouées de chenal » demande Thierry à intervalles régulières à Aymeric, notre second pour cette navigation.

Les berges du Sine Saloum

Le vent nous pousse, nous sommes à six nœuds, pendant que certains apprennent à en faire. Soudain, le bateau s’arrête. C’est notre premier banc de sable, le sondeur est passé de huit mètres à zéro en une fraction de seconde. Un héron sur un piquet nous nargue, pendant que nous essayons de pencher le bateau pour sortir du banc. Finalement, le courant nous en sort, sans que nous comprenions pourquoi.

Quand le bateau est bloqué, il faut le faire gîter, par tous les moyens

C’est l’histoire de la vie, le cycle éternel, qu’un banc de sable finit

La navigation reprend. Le soleil se couche sur une magnifique savane. Le banc de sable nous a fait perdre trop de temps, Thierry décide d’un mouillage pour la nuit à l’entrée du marigot de Mar Lodj, que nous remonterons demain. Nous descendons rapidement à terre, profiter des décors du roi lion. La nuit est tranquille, sans trop de moustiques, que nous craignions beaucoup.

Le départ du bateau, aux premières lueurs

Au matin, une fois les laudes dites, nous partons. Alix et Henri au sommet du mât, pour essayer de repérer les bancs de sables, pendant qu’Aymeric nous guide, à l’aide de la trace d’Estran, qui a déjà remonté plus tôt le fleuve. Malheureusement, après avoir fait demi-tour une fois où le fond remontait, la seconde tentative d’avancer plus loin se solde par un échouement, en vue du village. Nous tentons de pencher le bateau en accrochant un boute à des bouées de casiers. Manœuvre compliquée, quand il y a cent mètres de corde, et un fort courant. Devant le manque de solidité de l’attache, nous abandonnons. Estran vient nous chercher en annexe, et nous partons à la messe.

Mise en pratique des manœuvres de Tabarly

Après une belle journée passée à terre, nous rentrons. Le bateau se couche de vingt degrés pendant la nuit. Heureusement, nous sommes bien accrochés. Au matin, deux pirogues viennent, ainsi qu’Estran. Celui-ci couche Exultet grâce au boute que nous avions utilisé la veille. En même temps, les pirogues tirent le bateau, moteur à fond. Exultet sort finalement. Nous fêtons cela en prenant la bouteille de champagne réservée aux grandes occasions, avec Estran.

Nous mouillons de nouveau face à une plage à la sortie du Sine Saloum, le temps de faire les derniers préparatifs, et de se reposer. Départ le soir même. La nuit tombe vite, pendant le dîner à vingt heures, une secousse bloque le bateau. Un filet s’est pris dans notre hélice de moteur. C’est l’occasion de remettre en pratique une manœuvre déjà pratiquée par le skipper au dernier week-end de la Pentecôte. Nous coupons les attaches du filet, et nous repartons, sans moteur. Le Cap Vert s’approche lentement, surtout que le filet nous ralentit encore plus, en traînant dans l’eau.

Retour à la normale

Nous passons deux jours en mer, suivant un rythme désormais habituel. Perturbé uniquement par la présence de ce filet, qui nous donne l’impression de se traîner, et la peur d’arriver en retard pour accueillir le père Guillaume Antoine, qui arrive au Cap Vert le jeudi soir.

Le filet, une fois sorti

Heureusement, le jeudi, nous apercevons la première île de l’archipel : Maio. Nous n’avons pas le temps de nous y arrêter, et nous filons vers Praia. Un fort vent nous y accueille, et le mouillage sans moteur est difficile, mais grâce à l’expérience et au bon commandement de Thierry, nous parvenons sans encombre au bout de nos peines. Il ne nous reste plus qu’à couper le filet, faire les démarches administratives, réparer l’annexe percée, et préparer l’arrivée du padre le lendemain matin.

Henri

Un commentaire

  1. Danièle Demutrecy

    Je connais mar lodj et , le village ses habitants, les chrétiens avec qui j ai prié dans la.petite eglise circulaire que des bons souvenirs de partage et de dialogue

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